Niouzzz
Encore une fois le streetfishing fait parler de lui, cette fois-ci c’est le quotidien Le Monde qui découvre et présente l’univers des streetfishers.
Article de Nicolas Camus – Le Monde – 11.05.09
Début d'après-midi au bord du canal Saint-Martin, quai de Valmy, dans le 10e arrondissement de Paris. Les badauds jettent des regards tantôt intrigués, tantôt amusés, vers un petit groupe de... pêcheurs. Ou plutôt, d'adeptes du "street fishing". Littéralement "pêche de rue", ce concept importé des Etats-Unis se développe dans les métropoles françaises depuis une dizaine d'années. "La pêche en ville a toujours existé, précise David Pierron, agent de développement à la Fédération de pêche de Strasbourg. Mais le street fishing implique un état d'esprit et un comportement particuliers qui sont plutôt récents."
Les adeptes sont avant tout des passionnés, titulaires d'un permis de pêche. Mais le mélange avec l'esprit "street", identifiable par la rapidité d'action, le mouvement perpétuel, les a séduits. "C'est une pêche dynamique et ludique, développe David Pierron. On se promène de spot en spot avec du matériel très maniable. On peut la pratiquer en semaine, avant ou après le bureau, ou même le midi."
JEAN ET BASKETS
Les cinq jeunes hommes qui taquinent le poisson aujourd'hui sont là pour s'offrir une "respiration". Benoît, Jean-Noël, Fred, Arturo et David ont entre 19 ans et 34 ans et font partie de la centaine de mordus qui manient la canne en région parisienne. Tous veulent dépoussiérer l'image de la pêche. Exit les bottes et le treillis : le street fishing s'accommode très bien du jean-baskets.
La nature de l'activité s'éloigne de la pratique traditionnelle : "On est passés d'une pêche cueillette à une pêche de loisirs", explique Benoît, chargé de mission dans les milieux aquatiques à la Fédération de pêche. "On veut montrer que ça peut être quelque chose de dynamique et d'attrayant", reprend Fred, l'un des pionniers du street fishing en France.
"C'est nous qui allons au poisson, pas l'inverse", affirme Arturo. Joignant le geste à la parole, le jeune homme lance son leurre et fait un rapide aller-retour sur le bord du canal. Ça ne mord pas. Il recommence un peu plus loin. Chaque séquence ne dure qu'une dizaine de secondes. L'image apaisante de la pêche en pleine nature, solitaire, immobile, une chaise de camping à proximité, semble loin. L'aspect communautaire détonne par rapport à la pêche traditionnelle : "On souhaite partager notre passion, passer de bons moments ensemble, explique Fred. Le bord de l'eau est un lieu de sociabilité." Les adeptes mettent également à profit la proximité avec les passants pour faire passer un message. "Les gens sont étonnés qu'il y ait encore des poissons dans la Seine, raconte Benoît. On en profite alors pour leur glisser un mot sur la protection du milieu." Le street fisher n'est pas un prédateur : il privilégie le leurre à l'hameçon - pour ne pas blesser sa prise - et la relâche systématiquement.
La connaissance du milieu aquatique est surtout utile pour ce qui demeure l'essentiel : pêcher un maximum de poissons. "On essaie de s'imaginer ce qui se passe sous l'eau, si les carnassiers sont en période de chasse ou de repos, s'il y a beaucoup de rochers au fond - et donc du poisson qui s'y cache - ou non", détaille Jean-Noël en s'activant avec sa boîte de leurres.
UNE SÉMANTIQUE PARTICULIÈRE
Il faut adapter son matériel en fonction de la saison, du temps, du moment de la journée. L'arsenal de techniques utilisées s'accompagne d'une sémantique difficilement accessible pour le profane : "Tu vois, là, Arturo utilise un moulinet baitcasting, avec un leurre qui est un minot, qu'il déplace en twitch." Traduction : Arturo e pêche en surface, avec un petit leurre qu'il bouge par saccades pour attirer les carnassiers. Tout est bon pour duper le poisson, qu'il soit black-bass, perche, sandre ou silure...
Le street fishing n'est pas encore un phénomène de société en France, contrairement aux Etats-Unis ou au Japon. Mais la discipline commence à s'organiser. La Fédération de pêche, boostée par des associations comme Black-bass France et l'Association française des compétiteurs de pêche aux leurres (AFCPL), prend conscience de son potentiel.
Les street fishers de la France entière se retrouvent désormais régulièrement pour se défier en compétition. Le prochain rendez-vous est fixé les 16 et 17 mai, pour l'Open de Strasbourg. L'occasion pour nos cinq mordus de lever un peu plus que les trois poissons sortis de l'eau cet après-midi.
